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Profession : phytopathologiste

 

L'interview de Mathieu Pel

A l’occasion de l'annonce récente faite par l'IBEB, nous avons interrogé Mathieu Pel, phytopathologiste chez Enza Zaden, au sujet des dernières races de bremia 34 et 35 et de l’avancée de la fusariose. 

Présentation de Mathieu

Après un doctorat à l’Univerté de Wageningen,  je travaille depuis 8 ans chez Enza Zaden en tant que chercheur en phytopathologie principalement sur les laitues. Je fais donc partie de la quinzaine de français qui sont installés aux Pays Bas et travaillent pour Enza Zaden. C’est d’ailleurs l’occasion de souligner qu’il existe de nombreuses opportunités pour les étudiants français de rejoindre Enza Zaden à Enkhuizen. Enza Zaden privilégie les interactions avec les universités, par exemple Wageningen, l’Univerté d’Amsterdam et d’Utrecht. J’encourage les étudiants français à postuler pour les stages ou offres d’emploi proposés chez Enza Zaden.

En quoi consistent vos travaux?

En tant que chercheur en phytopathologie je réalise des diagnostics de maladies à partir des échantillons qui nous sont envoyés. Je développe des protocoles sur tous types de maladies de la laitue et je recherche des résistances, principalement pour le bremia et la fusariose.
J’en profite pour adresser un message aux producteurs : n’hésitez pas à nous envoyer des échantillons de bremia, nous nous engageons à vous communiquer la race en cause.

Qu’en est-il de la fusariose ?

La fusariose est un pathogène vasculaire. Les tissus vasculaires et les racines infectées prennent une couleur rosée.
Chez Enza Zaden, nous sommes très attentifs à l’expansion de cette maladie. Aujourd’hui la race 1 de la fusariose touche principalement le sud de l’Europe (Portugal, Espagne, Italie), mais la fusariose race 4 est présente dans le nord de l’Europe (Benelux et récemment l’Angleterre et l’Irlande en plein champ). Cette race 4 infecte la laitue à température basse (entre 15 et 18°C).

A l’heure actuelle, Enza Zaden propose des variétés résistantes à la race 1 trouvée dans le Sud de l’Europe. A noter que les races 2 et 3 sont présentes uniquement en Asie pour le moment.
Nous comptons sur vous pour nous adresser tous les échantillons possibles pour analyse.

Quelles sont les mesures prophylactiques que vous conseillez ?

Une fois la fusariose installée, il n’y a malheureusement que peu de choses à faire. Au Benelux, de nombreux producteurs ont même dû arrêter de produire de la salade. Curieusement, la France est globalement épargnée mais il faut prendre toutes les mesures préventives pour maintenir cette situation. Je préconise des rotations fréquentes et une désinfection du matériel de travail (pédiluves pour les tracteurs, les machines et les hommes). En cas de doute, n’hésitez pas à nous envoyer des plantes entières avec les racines pour analyse. Je m’engage à vous informer des résultats de ces analyses.

Revenons au bremia, la quasi-totalité des variétés leaders Enza Zaden est résistante HR:Bl:16-35EU. Comment l’expliquez-vous ?

La résistance est basée sur de multiples combinaisons de gènes, déterminées par les échantillons prélevés au champ. Grâce à notre excellente connaissance de l’évolution de la maladie, nous sommes capables d’anticiper la plupart des nouvelles attaques. Toutefois, nous restons modestes devant « Dame Nature » et savons que de nouvelles races peuvent apparaitre localement de façon soudaine. D’après nos connaissances, la souche 34 a démarré au Benelux en 2015, puis en Allemagne et en France en 2016 (Val de Loire, région parisienne, Sud-Ouest, Centre). La souche 35 a « explosé » en France en 2016.